28. 28 toutes petites minutes. 1680 secondes. Voilà le temps que j’ai dormi cette nuit. Une nuit psychédélique. Des paillettes dans les yeux, des découvertes littéraires, musicales et humaines. Il noircit des carnets moleskine, et moi aussi. Je ne lui ai pas dit. Il écrit merveilleusement bien. C’en est addictif. Il n’y avait qu’un prologue et 3 chapitres. J’aurais voulu en lire plus. J’aurais pu lire des centaines & des centaines de pages de sa prose. Le sommeil ne m’avait pas réellement gagné que déjà il fallait se lever. Je me suis endormie gelée et je me réveille gelée. Comme souvent. J’enfile un polo, un pantalon et mon corps me porte jusqu’au petit déjeuner. Le carrelage est froid, les murs sont froids, toute ma maison est froide. Je n’ai pas l’impression d’avoir dormi. Mes yeux sont encore grands ouverts & il ne m’est même pas compliqué de me servir du jus de fruits. Il est trop froid lui aussi, comme une annonce. Cette journée sera froide et triste. Le bougre m’a donné envie d’écrire, mais je sais que je n’écrirai pas aussi bien que lui. C’est pourtant peut-être le seul talent que j’ai. On ne peut lire autant de livres sans savoir écrire. Mais je n’écris que lorsque des sentiments noirs s’emparent de moi, la fatigue aidant. J’exorcise. Tout ce qui est écrit finira de toute façon à la poubelle. Et puis il y a toi, à qui j’ai promis d’écrire. Au moins une page, en guise de cadeau de Noël. Les gestes s’enchainent. Ils s’exécutent sans mon aide. Mon cerveau n’ordonne rien, et j’observe le spectacle, locataire de mon enveloppe charnelle par intermittence. Ma crinière rousse ne ressemble à rien et j’essaye d’en faire quelque chose. Mais cela ne dure pas longtemps, car je ne suis pas ce genre de filles qui passent des heures dans la salle de bain. Je les plains. Je ne les comprends pas. J’allume la radio, geste machinal lui aussi. Pour me sentir moins seule, dans le silence du matin. J’ai besoin d’une cigarette, d’un café. Plus que quelques toutes petites minutes. Je sais que j’aurais trop froid aujourd’hui, habillée comme je le suis, mais tant pis. Des gens étranges me regardent. Une fille avec un faux air d’Agyness Deyn me toise, et j’allume enfin la cigarette tant attendue. La prochaine étape sera le café. Aujourd’hui, j’avalerais encore beaucoup trop de caféine & de nicotine, je le sais, mais je m’en fiche. Installée dans la cafétéria encore sombre, un gobelet en plastique me brûle les doigts. Je n’ai pas voulu allumer les lumières. L’impression de continuer ma nuit, d’avoir tout le temps qu’il faut pour dormir. Le tic-tac de ma montre me ramène à la réalité. Je sens déjà la besoin d’une autre cigarette. Mes mains courent sur le clavier, mais c’est parce que je t’ai promis. Le bruit de la plume sur le papier à dessin est beaucoup plus agréable. Je sais que cet épanchement verbal ne durera pas longtemps. J’ai envie d’effacer les mots qui se sont agglutinés sur mon écran. Je déteste tout ce qui provient de moi, à un moment ou à un autre. J’ai besoin d’une autre cigarette. Quelqu’un va finir par me trouver là, dans le noir, et me prendra pour une folle. Il racontera ce qu’il a trouvé au beau milieu de cette grande salle, et ses amis riront. Mais je m’en moque, pourvu que cela les divertisse. J’ai besoin d’une autre cigarette.
I need to sleep another hour.
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<3.